Les Arenes

Un film de Camille Perton

7 mai 2025Drame

Quel a été votre parcours, avant d’en venir au cinéma ?

Camille Perton - J’ai fait une licence de sciences politiques à Lyon, puis je suis partie à Paris et j’ai écrit un court-métrage, produit par 2.4.7 Films, que j’ai co- réalisé. J’ai ensuite travaillé dans le théâtre en tant qu’assistante à la mise en scène. En parallèle, je développais mes propres projets et j’ai fini par intégrer l’Atelier scénario – une formation d’un an proposée par la Fémis. C’est dans ce cadre que j’ai écrit Les Arènes. Dans la foulée, j’ai signé avec Les Films du Bal pour le réaliser. J’ai n’ai donc pas eu de formation de cinéma à proprement parler, j’ai plus appris en faisant les choses, sur le terrain.

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Vous avez tout de suite eu envie d’écrire un long-métrage qui traiterait des coulisses du foot ?

Oui. Je suis passionnée de foot depuis toujours et j’ai ce projet en tête depuis 2015-2016, juste après mon court-métrage. À l’époque, les clubs français commencent à pratiquer le trading. Ils achètent à coup de primes à la signature délirantes les premiers contrats de très jeunes joueurs. Leur âge et les sommes investies m’ont alertée. Je me suis plongée dans l’envers du décor en me concentrant sur les jeunes joueurs, ceux qui n’ont pas encore signé. On leur dit, quand ils rentrent en centre de formation, qu’ils n’ont droit qu’à un seul rêve, et que s’ils s’éparpillent, ils sont voués à l’échec. Je comprends l’idée d’un point de vue sportif, mais c’est destructeur : la plupart d’entre eux ne deviendront jamais pro. Et il se passe quoi, après, si ça ne fonctionne pas ? Là, j’ai senti que je tenais quelque chose.

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Écrire sur un tel sujet suppose, forcément, d’effectuer un gros travail de recherche ?

Oui, et c’était d’autant plus stimulant que, plus jeune, j’hésitais entre le journalisme et le cinéma ! Avec ce film, j’ai vraiment eu la sensation d’aborder l’écriture à la manière d’une investigation. Quand on creuse, on réalise que les portes ont plus tendance à se fermer qu’à s’ouvrir : le monde du foot n’a pas franchement intérêt à ce qu’on regarde ça de trop près. Je me suis donc beaucoup appuyée sur des enquêtes et reportages préexistants, comme les « Football Leaks » publiés par Der Spiegel et Mediapart (il s’agit de la divulgation de plus de 18,6 millions de documents liés au fonctionnement des instances du football international, ayant mené à des scandales financiers et de corruption). J’ai rencontré des journalistes, notamment Yann Philippin qui a enquêté pour Mediapart sur le sujet, ainsi qu’un agent, un grand médecin du sport... C’était passionnant.

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Et vous n’avez pas rencontré de jeunes joueurs ?

Si, bien sûr ! J’ai passé trois mois au sein du centre de formation d’un grand club, qui m’a ouvert ses portes. Concrètement, j’ai proposé des ateliers d’écriture à des U15 (moins de 15 ans). Je me retrouvais dans une pièce avec eux et on discutait, comme avec des adolescents normaux. Je leur ai aussi fait jouer des scènes du film, sans les dialogues, en impro. Comme ce sont des situations qu’ils connaissent très bien, ça a été très enrichissant et utile pour l’écriture. Je pense notamment à la scène où Brahim (le jeune personnage principal) doit annoncer à son agent, qui fait partie de ses proches, qu’il ne veut plus travailler avec lui...

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Ce fameux « grand club » a facilement ouvert ses portes ?

Oui, d’une manière assez déconcertante. Pour être honnête, je ne m’y attendais pas du tout, d’autant plus que j’ai été très transparente sur mon projet. Je me suis retrouvée avec des jeunes destinés à signer pro, vraiment au cœur de la machine. Les joueurs sont mis en concurrence, mais personnellement, j’ai remarqué une vraie fraternité entre eux. Ils savent ce par quoi ils sont passés, ce qu’ils ont à perdre et à gagner. Je ne voulais pas les montrer comme des jeunes avides, dépourvus de boussole morale. Ça n’est absolument pas le cas, et ces rivalités fabriquées font des dégâts.

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